INVASION DE LA CHENILLE LÉGIONNAIRE D’AUTOMNE : “ Ici au Burkina Faso, des chercheurs ont identifié ses ennemis naturels” Dixit Lucien Sawadogo Coordonnateur du Projet de lutte contre la Chenille Légionnaire d’automne

septembre 23rd, 2019 | par afriktilgre@
INVASION DE LA CHENILLE LÉGIONNAIRE D’AUTOMNE : “ Ici au Burkina Faso, des chercheurs ont identifié ses ennemis naturels” Dixit Lucien Sawadogo Coordonnateur du Projet de lutte contre la Chenille Légionnaire d’automne
Agro-pastoral
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Lucien Sawadogo Coordonnateur du Projet de lutte contre la chenille légionnaire d’automne

Depuis son apparition fulgurante au Burkina Faso, au cours de la campagne agricole 2017-2018, la Chenille Légionnaire d’Automne ( CLA) a fait perdre au pays des hommes intègres environ 10% de sa production agricole. Là où le bat blesse est que ce ravageur continue, presqu’en toute “impunite”, ses dégâts du faite de son caractère nouveau pour les techniciens agricoles de l’Afrique et du Burkina Faso particulièrement. Afin de nous imprégner des mesures prises par les autorités Burkinabè en charge de la question agricole, pour lutter contre ce déprédateur, nous avons rencontré ce vendredi 20 septembre 2019 le coordonnateur du projet de lutte contre la chenille légionnaire d’automne, Lucien Sawadogo. Dans cette interview il se prononce sur les débuts de l’invasion de la CLA, les différences entre le nuisible et la chenille appelée ≪chitoumou≫, les mesures de lutte, et la question de l’utilisation des pesticides. Lisez plutôt.

1-Afriktilgre : A quand remonte l’invasion de la Chenille Légionnaire d’Automne ( CLA) au Burkina Faso.

Lucien Sawadogo :  Il faut dire que, c’est entre le mois de février et mars 2016 que nos techniciens ont été alertés d’une attaque dans la zone du Cntre-nord. Mais en ce moment nous avions pas d’informations sur ce ravageur. Nous avons procédé à des collectes et des recherches pour éclairer nos lanternes. C’est véritablement au cours de la campagne agricole 2017-2018 que ce nouveau insecte nuisible a fait son apparition fulgurante, principalement dans trois régions à savoir la région des Cascades, la region du Sud-Ouest et celle du Centre-ouest. Pour cette première campagne plus de 58 000 hectares ont été infestés.

2-Quel est l’état actuel de l’invasion sur le territoire national.

Présentation toutes les treize régions du pays sont touchées par ce nuisible exotique très prolifique mais aussi proliphase c’est à dire qu’il s’attaque à plusieurs cultures. Mais sa culture de prédilection est le maïs. Pour la campagne 2018-2019 plus de 100 000 hectares ont été infestés, en ce qui concerne la campagne en cours nous sommes entrain de capitaliser.

3-Quelles sont les différences entre la CLA et la chenille appelée couramment≪Chitoumou≫.

La chenille appelée chitoumou existe au Burkina Faso depuis longtemps, surtout à l’ouest du pays. Elle est consommée par certaines populations. Mais la chenille légionnaire d’automne qui est originaire des Amériques, nous ne la connaisons pas auparavant, donc ce sont des espèces différentes. A ma connaissance le chitoumou ne s’attaque pas aux cultures, ce sont plutôt les feuilles du karité qu’elle consomme. Mais la chenille légionnaire d’automne consomme nos cultures, ce qui veut dire qu’il y’a même une compétition entre cette chenille et l’homme.

4-Quelles sont les stratégies mises en place par vos services pour lutter contre ce fleau.

Depuis l’apparition de la chenille legionnaire d’automne, le Ministère de l’Agriculture et des Aménagements Hydro-agricoles, à travers les services techniques, a actionné son dispositif de lutte contre les fleaux Agricoles qui existait depuis longtemps. C’est ainsi que nous avons elaboré un plan d’actions, et grâce au soutien du budget de l’État, ce plan a été mis en œuvre pour accompagner les producteurs dans l’acquisition des produits de lutte ( essentiellement des pesticides chimiques, des pesticides de synthèse), des appareils de traitement qui permettent d’utiliser les pesticides, des équipements de protection ( puisque dans le processus de la lutte, nous avons formé des brigardiers phytosanitaires qui existaient déjà.  Ces producteurs brigardiers ont bénéficié de matériels d’équipements pour assurer leur protection individuelle contre l’intoxication), et de suivi-supervision. Comme c’est un nouveau ravageur, le ministère a adressé une requête à la représentation de la FAO au Burkina pour lui demander une assistance technique. Cette requête a connu une réponse favorable qui a aboutie à l’élaboration d’un projet TPC ( projet de coopération technique). Un petit projet pour permettre de développer des approches. Ce projet a permis d’elaborer une stratégie nationale de gestion durable de la chenille légionnaire d’automne. Cette stratégie est assortie d’un plan d’actions d’un montant de plus de 16 milliards de FCFA qui doit se dérouler sur trois ans. Le projet TCP a permis aussi la mise en place de champs écoles des producteurs. Avec ces champs, nous avons pu former plus de 1500 producteurs sur une gestion intégrée, pour minimiser l’utilisation des pesticides chimiques dans la lutte contre la CLA. Dans ces champs, nous avons développé des methodes simples et efficaces comme l’utilisation de la cendre, du sable fin, de l’eau, des extraits aqueux de certaines plantes locales comme le neem. Mais ces méthodes ne peuvent pas être utilisées à une grande échelle, voilà pourquoi nous conseillons aux producteurs de surveiller régulièrement leurs champs, pour détecter rapidement les attaques. La biologie a montré que, le ravageur commence par de petits foyers avant d’envahir tout le champ. Si le producteur est régulier au champ il va identifier précocement ces foyers et les maîtriser où les éteindre avec ces méthodes simples. Il faut noter aussi que, d’autres partenaires ont accompagné le gouvernement dans la lutte contre ce déprédateur. Il s’agit du Fond International de Développement Agricole (FIDA), à travers le projet Neerkamba, qui a alloué plus de 250 millions de FCFA au gouvernement, et de la Banque Africaine de Développement qui a remis une enveloppe de plus de 500 millions de FCFA pour l’achat des pesticides, et des équipements de traitement.

5-Dans le cadre de la lutte chimique contre la CLA, il n’existe pas de molécules homologuées sur le maïs. Qu’est-ce que vous faîtes à votre niveau pour trouver une solution à ce problème, quand on sait bien que le maïs est la culture la plus prisée par la chenille.

Oui effectivement, il faut se dire que les molécules des pesticides sont homologuées selon les domaines d’utilisation bien orientés et des cultures bien identifiées.  Dans la sous-region nous avions pas de pesticides pour lutter contre ce ravageur que nous ne connaissions pas. Dans l’urgence nous avons utilisé plusieurs molécules avec les producteurs, et certaines molécules se sont montrées efficaces plus que d’autres. Ce sont ces molécules que nous conseillons aux producteurs. Parallèlement il faut noter que, l’UEMOA, au niveau regional, accompagne les instituts de recherche pour développer les molécules adaptées à la lutte contre cette chenille sur le maïs. Dans le cadre du projet initié par la FAO et notre gouvernement, nous avons eu un protocole d’accords avec l’INERA qui a conduit des tests d’efficacité de pesticides chimiques et de bio-pesticides. Ces tests doivent être répétés pour confirmer ou infirmer les résultats, pour nous permettre de retenir les molécules adaptées à la lutte contre la chenille sur toutes les cultures.

6-Quelles sont les recommandations de la récente conférence régionale sur la chenille légionnaire d’automne qui vont favoriser la lutte au Burkina Faso.

Les recommandations fortes de la récente conférence régionale sur la chenille légionnaire d’automne qui peuvent aider le Burkina Faso dans ses actions de lutte contre cet insecte ravageur, c’est d’abord la mise en place d’un fond d’urgence phytosanitaire. Ce fond comme son nom l’indique va permettre de faciliter les procédures de son exécution, afin de faire face au présent fleau et à d’autres fléaux. La conférence a insisté aussi sur le renforcement des compétences des ressources humaines. Comme je le disais tantôt, c’est un nouveau nuisible donc les techniciens ont besoins de renforcement de capacités pour pouvoir former les producteurs sur le terrain. L’autre recommandation forte c’est également la mobilisation des moyens pour accompagner la recherche, afin de faciliter le développement de méthodes de luttes durables par les institutions de recherche et les universités. Il existe déjà des pistes que les chercheurs ont dégagées, notamment l’utilisation d’ennemis naturels pour lutter contre la chenille.

7-Qu’est-ce que vous faites pour lutter contre la mauvaise utilisation des pesticides par les producteurs pour lutter contre la CLA.

Le problème de l’utilisation abusive ou anarchique des pesticides fait  l’actualité, avec les récents drames que nous avons connu, et beaucoup de gens incriminent les pesticides. Dans le cadre de la gestion des pesticides de façon générale, il existe des lois pour réguler les choses. Il y’a même un comité national de gestion des pesticides qui se réuni tous les six mois régulièrement, pour étudier les dossiers et autoriser même l’importation des pesticides sur le sol Burkinabè. La Direction de la Protection des Végétaux et du Conditionnement dispose d’un dispositif de contrôle permanent. Nous disposons de 20 postes de contrôle  phytosanitaire en frontière qui doivent en principe vérifier la qualité du pesticide avant son entrée. Mais c’est connu de tous, nos frontières sont poreuses si bien que les pesticides non-homologués sont importés et utilisés abusivement. Pour limiter cela, nous pratiquons des contrôles internes inopinés pour saisir les pesticides non-homologués dans les marchés au niveau des magasins. Mais nous misons aussi sur la formation des producteurs, afin qu’ils sachent les pesticides qu’ils doivent utiliser. Nous donnons aussi des conseils pratiques sur les délais de récoltes après les traitements, tout en incitant les producteurs à se protéger pendant le traitement pour minimiser les risques d’intoxication.

8-Rappelez nous les origines de la CLA.

Il est ressorti  selon les auteurs que c’est en automne que cette chenille se développe mieux et s’attaque aux cultures. Arrivé dans nos contrés nous avons pas d’automne, mais nous avons une période qui lui a été favorable. Il s’agit de la saison pluvieuse et même de la saison sèche avec les cultures de contre-saison. Généralement ces nuisibles exotiques, dans leur aire d’origine, sont attaqués par des ennemis naturels qui permettent de contrôler leur niveau de population. Mais lorqu’un nuisible est introduit dans une zone nouvellement, très souvent il n’a pas ces ennemis associés qui peuvent maitriser son niveau de population. C’est pourquoi les nuisibles exotiques se propagent très rapidement et causent des dégâts très importants.

9-Quel est votre dernier mot à l’endroit des producteurs, des consommateurs et des partenaires techniques et financiers.

A l’endroit des producteurs sur le terrain c’est les inviter à observer régulièrement leurs champs, parce que la biologie de la CLA est telle que son infestation peut surprendre. Si vous quittez votre champ pendant une semaine, vous pouvez venir remarquer que tout est attaqué. Dès qu’ils constatent de petits foyers d’infestation, nous leurs invitons à tester les méthodes locales avant de faire recours aux pesticides. Nous leurs invitons aussi à consulter les agents de contrôle qui sont sur le terrain, pour le choix des pesticides adaptés à la lutte. Il est judicieux aussi que les producteurs demandent les services des brigardiers phytosanitaires qui sont formés sur les techniques de traitement, afin d’éviter de s’exposer aux risques d’intoxication. Parallèlement nous appelons les consommateurs à bien laver au savon, bien rincer, les légumes pour réduire la présence des residus de pesticides en surface. A l’endroir des partenaires techniques et financiers, c’est les remercier pour ce qu’ils ont déjà fait pour accompagner le gouvernement, et rappeler que ce fléau est pris au plus haut niveau politique, en témoigne l’organisation de la conférence régionale sous l’egide du chef de l’État en sa qualité de président en exercice du Conseil Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse au Sahel ( CILSS). Nous invitons les partenaires techniques et financiers à nous accompagner dans la mise en oeuvre des recommandations de la conférence. La mise en pratique des recommandations permettra au Burkina de mettre en œuvre son plan d’actions assorti de sa stratégie nationale de gestion durable de la chenille légionnaire d’automne.

Propos recueillis par Sougrinoma Ismaël GANSORE

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