« 4% des sols au Burkina Faso sont salins » : Désire Kaboré Technicien au Bunasols

décembre 13th, 2021 | par afriktilgre@
« 4% des sols au Burkina Faso sont salins » : Désire Kaboré Technicien au Bunasols
Agro-pastoral
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A l’occasion  de la 8ème Journée Mondiale des Sols célébrée le 07 décembre 2021 à Ouagadougou, Désiré Kaboré, chef de service cartographie du Bureau national des sols (Bunasols), a confié à Afriktilgre.com que 4% des sols au Burkina Faso contiennent une quantité anormale de sels. Face à cette situation qui engendre des pertes de rendements, l’homme ne s’est pas fait prier pour proposer des solutions dans cet entretien exclusif accordé à notre rédaction.

Afriktilge : La célébration de la Journée Mondiale des Sols 2021 au Burkina Faso portait sur le phénomène de la salinisation des sols. A quoi renvoie cette problématique? 

Désiré Kaboré : Lorsqu’un sol regorge une quantité excessive de sels solubles on dit que ce sol est salin. Cela empêche la plante de puiser l’eau du sol, donc elle se fane. La salinisation cause une dégradation qui ne favorise pas le développement de la plante. Elle est donc une forme de dégradation du sol.

Est-ce qu’au Burkina Faso des études sont menées sur ce phénomène?

Il y a des études ponctuelles qui sont menées pour des sites donnés. Au niveau du Bureau national des sols (Bunasols), nous avons mené une étude sur les sols affectés par les sels (les sels salins et les sols sodiques). Une communication sera donnée sur cette étude au cours de la célébration des Journée Mondiale des Sols pour faire l’état des lieux des sols affectés par les sels tels que les sels salins et sodiques au Burkina Faso.

Savoir plus sur la célébration de la 8è Journée Mondiale des Sols au Burkina Faso

Pouvons-nous avoir un aperçu des résultats de cette étude ?

L’étude a montré que les poches de sols salins sont reparties dans tout le pays. Autour de 4% des sols au Burkina Faso sont salins.

Quelles sont les causes de la salinisation des sols?

Il y a deux facteurs de salinisation, d’abord les facteurs naturels. Les zones arides où les températures sont très élevées et les zones côtières où  l’eau des mers est salée contribuent à la salinisation des sols. Si l’on utilise de l’eau salée ou de l’eau contenant excessivement de sels pour irriguer, cela rend les sols salins. Dans les pays côtiers ce phénomène est très récurent. Le deuxième facteur, ce sont les pratiques agricoles. Le fait d’utiliser excessivement les engrais peut être une cause de la salinisation des sols.

Les autorités gouvernementales et partenaires financiers à l’écoute de Désiré Kaboré, Chef de service cartographie du Bunasols

 Quel est donc l’impact de la salinisation sur la productivité ?

La salinisation est une forme de dégradation et lorsque le sol est dégradé, cela réduit les rendements agricoles. Dans un contexte de gestion durable, si cette salinisation n’est pas limitée, cela implique que nous ne pourrons pas léguer nos sols en bon état à nos enfants. Il y a lieu de trouver des mesures correctives pour améliorer ces sols, afin d’en assurer une meilleure gestion durable.

Existe-t-il des solutions pour endiguer ce phénomène ? Si oui lesquelles ?

Il existe bien évidemment des mesures correctives pour essayer de gérer les carences liées à la salinité. Nous pouvons par exemple pratiquer des drainages pour diminuer la teneur, la concentration des sels. Également voir dans quelle mesure irriguer. Au lieu de faire une irrigation par aspersion  où on verse beaucoup d’eau, nous pouvons privilégier l’irrigation goutte à goutte.

En outre, nous avons l’apport du gypse qui permet d’éliminer certains sels. Toutefois, il est toujours mieux de pratiquer des mesures de gestion durable, pour limiter la salinisation.

Quel appel avez-vous à lancer à l’endroit des producteurs ?

Le Bunasols dispose d’un laboratoire bien équipé pour analyser la qualité de l’eau d’irrigation. Dans une zone que nous devons irriguer, la qualité de l’eau peut aider, orienter ou limiter la salinisation liée à l’eau d’irrigation. Nous pouvons également faire des analyses pour déterminer la concentration de la conductivité électrique. Lorsque cela est élevé, nous travaillons à faire un drainage pour diminuer.  Nos parents se lancent dans l’agriculture sans avoir le réflexe de faire souvent des analyses alors que cela peut permettre d’augmenter la productivité agricole.

N’est-ce pas le manque de communication ou les préjugés qui amènent les producteurs à ne pas venir vers le Bunasols ?

Le Bunasols c’est pour nous tous. C’est un établissement public de l’État. C’est vrai que nous avons un devoir de générer des ressources mais nous invitons toujours les producteurs à venir nous voir. Ce n’est pas coûteux. Vous pouvez venir de façon individuelle ou en groupe. Vous avez  un champ  d’un hectare, vous pouvez venir.  Avec du conseil, nous pouvons vous orienter. S’il y a des analyses à faire, nous les réalisons, nous ouvrons les profils et faisons des recommandations.

Mais, j’ai l’impression que les gens ont peur de venir, alors que ce n’est pas aussi onéreux. C’est même reconnu dans la sous-région que les coûts des analyses du Bunasols sont très faibles. Nous invitons les producteurs à venir nous voir pour bénéficier de notre expertise. Nous existons depuis 1974. Nous accumulons plus de 40 ans d’expériences et disposons de données pouvant contribuer à l’atteinte de la sécurité  alimentaire et nutritionnelle au Burkina Faso.

Interview réalisée par Fernand Appia

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