Entretien: Sayouba Bonkoungou, activiste du développement rural devenu député : « je pars à l’hémicycle avec mes convictions »

mars 29th, 2022 | par afriktilgre@
Entretien: Sayouba Bonkoungou, activiste du développement rural devenu député : « je pars à l’hémicycle avec mes convictions »
L'autre regard
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Natif de la commune rurale de Latodin dans la province du Passoré, Sayouba Bonkoungou est un visage bien connu de la société civile dans sa localité. Il est d’ailleurs l’actuel président des organisations de la société civile de la province du Passoré. A 40 ans ce jeune agronome, président fondateur de l’Association pour la Protection de l’Environnement et le Développement Rural (APEDR), a été désigné le 10 mars dernier pour représenter la région du Nord à l’Assemblée Législative de Transition ( ALT) du Burkina Faso. Deux semaines après sa désignation, l’homme a accordé une interview exclusive à Afriktilgre ou il dévoile ses ambitions pour sa région, pris en tenaille par le terrorisme. Sayouba Bonkoungou s’est prononcé aussi sur ses rapports avec ses challengers après un processus de sélection émaillé par des tractations. Il rejette également toute idée de surfer sur sa position actuelle pour se lancer en politique. Lisez-plutôt!

Afriktilgre : Comment avez-vous accueilli la nouvelle de votre désignation comme représentant de la région du Nord à l’ALT ?

Sayouba Bonkoungou : Il faut dire que c’est un processus. J’ai soumis mon dossier de candidature. Après examen du dossier par l’ensemble des membres du comité, j’ai été désigné comme personnalité devant siéger à l’Assemblée Législative de Transition au nom de la région du Nord. La candidature a d’abord été au niveau provincial. Après le niveau provincial, les candidatures ont été soumises au niveau régional où un comité a été mis en place pour travailler sur les dossiers fournis, afin de  désigner la personnalité qu’ils pensent capable de représenter valablement la région.

La région du Nord est classée troisième parmi les régions du Burkina Faso qui accueillent les Personnes Déplacées Internes (PDI). La campagne agricole de saison humide n’a pas donné également de bons résultats dans la région. Quelles seront vos priorités à l’hémicycle ?

Il faut noter que ce que vous dites est une réalité. La région du Nord fait partie des épicentres du terrorisme au Burkina Faso. A cette insécurité vient s’ajouter la saison capricieuse qui n’a pas favorisé une bonne production agricole, donc le manque criard de denrées alimentaire est prévisible.  Ce manque se traduit par une augmentation du prix des denrées alimentaires. La région est soumise à d’énormes difficultés qui attendent des solutions. Mais en tant que personne désignée de la région pour siéger à l’ALT, je pense que nous allons contribuer considérablement à proposer et voter des lois, suivre la mise en œuvre et évaluer surtout ce qui va contribuer à améliorer le niveau de vie de la population que ce soit du côté sécuritaire, ou que ce soit du côté de la sécurité alimentaire. Nous allons œuvrer à proposer des textes, à adopter des lois qui vont améliorer significativement le niveau de vie des populations.

Vous arrivez à l’ALT après quelques tractations dans le processus de désignation du représentant de la région. Quelles sont aujourd’hui vos relations avec les candidats malheureux ?

Je ne dirais pas des candidats malheureux. J’ai échangé au préalable avec tous les candidats, avant même la proclamation des résultats. J’ai eu l’idée de les approcher pour dire que nous ne sommes pas en compétition, il n’y aura pas de perdant ni de gagnant. Il y aura quelqu’un qu’on va désigner et j’estime que nous réussirons si nous nous concentrons autour de cette personne pour l’accompagner. Moi j’ai suggéré que nous gardons les relations, que nous essayons de construire un comité restreint avec les différents candidats qui actuellement sont des personnes influentes de leurs localités. Nous devons garder les relations, communiquer mutuellement pour pouvoir partager les informations au moment opportun dans le but de trouver très vite des solutions.

Qu’est-ce qui a joué en votre faveur face aux trois autres prétendants ?

Je pense que mes expériences personnelles ont joué en ma faveur, sans oublier les actions que la structure APEDR a mené  au profit des populations. L’APEDR a mobilisé beaucoup de ressources dans le but de participer au développement de la région du Nord. Mes voyages à l’international pour participer à des conférences sur le climat au nom de la société civile Burkinabè ont peut-être pesé en ma faveur.

Sayouba Bonkoungou a quelques fois représenté la société civile Burkinabè à l’international.

Parlez-nous de l’APEDR, l’association que vous avez fondé.

L’APEDR intervient depuis 2011 dans les domaines de l’agroéconomie, l’agroécologie, la protection de l’environnement, la gestion durable des terres, l’entrepreneuriat et la formation des jeunes. Nous intervenons dans la région du Nord, la région de la Boucle du Mouhoun et la région du Centre avec des partenaires nationaux et internationaux.

Quel a été votre parcours scolaire  et professionnel.

J’ai fait l’école primaire et le collège à Yako, ma ville d’origine. J’ai continu les études à Ouagadougou et à Dori ou j’ai obtenu le BAC en candidat libre. Après le Bac, j’ai décroché  un BTS en Agronomie et un DEUG II en géographie. Ma carrière professionnelle a débuté avec une structure nommée AGEDD. J’ai travaillé sur l’humanitaire avec des ONG comme Oxfam, Ocades-Dori, Catholique Relief Service, et Save the Children dans la région du Centre Nord. J’ai fait un peu le tour du Burkina avec les ONG humanitaires. Mon dernier poste a été à la caisse populaire en tant que conseiller en crédit agricole où nous étions retenus pour un projet financé par la fondation Bill et Melinda Gates. Mon travail consistait à appuyer les agents de crédit de la caisse à financer les produits agricoles sur le concept chaine de valeur. Après cette expérience,  j’ai participé à une conférence à Montpellier sur la désertification. De retour de la conférence, j’ai préféré déposé mes valises à APEDR que j’avais créé depuis 2011 avec des amis. A partir de 2014 j’ai commencé à évolué à l’APDER avec un projet, le  Programme de productivité agricole en Afrique de l’Ouest (PPAO) qui consistait à vulgariser les différentes variétés de niébé dans la province du Passoré. Après cela, nous avons piloté des projets de plaidoyer, de promotion de l’agroécologie avec la coopération Belge, des projets RNA ( Régénération Naturelle Assistée) avec la coopération Néerlandaise et bien d’autres projets que nous mettons en œuvre actuellement au Burkina Faso.

Est-ce que cette désignation pour siéger à l’ALT est pour vous une occasion pour débuter une carrière politique ?

Effectivement il y a beaucoup de gens qui m’ont posé la même question. Moi je dirai qu’on n’a pas besoin de passer par un politique pour contribuer au développement de sa nation. Chacun a sa manière de contribuer au développement. Nous on a opté pour le développement rural. Grace à ce choix, on a pu imposer nos marques dans les cœurs, les esprits des populations et surtout dans le monde rural. Ce qui  m’a le plus motivé dans ma candidature est que je ne partais pas sous la bannière d’un parti politique, d’un mentor. Je pars avec mes convictions par rapport aux actions de développement mis en œuvre par l’association APEDR dont je suis le premier responsable. Je ne pense pas que cette désignation puisse frayer un chemin pour moi dans le milieu politique. Depuis belle lurette j’ai reçu plusieurs propositions pour militer dans des partis politiques, mais j’ai toujours rêvé d’évoluer dans le privé, dans la société civile, dans le développement rural. Donc je pense que ça ne sera pas l’occasion pour moi d’intégrer un parti politique ou de m’engager politiquement.

le nouveau député est proche des acteurs du monde rural dans sa région.

Quel est votre commentaire sur le débat concernant la gratuité de cette législature. Est-ce que les députés de l’ALT doivent être payés ?

C’est vrai qu’il y a l’aspect pécuniaire, mais il faut voir très loin, il faut voir le rendu. Est-ce que le travail qui sera fait répondra aux attentes des populations. Je pense que la plupart de ceux qui ont été désignés sont « des gens qui ne se cherchent pas dans leur vie ». Ce sont des personnes qui gagnent déjà leur vie à travers les activités qu’ils mènent. Donc penser que les actuels députés viennent pour s’enrichir, je trouve que c’est trop osé. Il faut d’abord essayer d’évaluer l’immensité du travail qui sera demandé à l’ALT et voir si cette tache on peut l’accomplir sans un accompagnement pécuniaire. Si le travail qui sera abattu ne demande pas un accompagnement financier, on peut le faire. Mais s’il est nécessaire d’accompagner les députés avec de l’argent pour qu’ils puissent atteindre les objectifs escomptés, je pense aussi que c’est nécessaire. L’objectif ce n’est pas de payer ou de faire gratuit, l’objectif c’est d’atteindre des résultats. Payant ou non, sacrifice ou pas, je trouve que le débat n’a pas de sens. Le débat c’est d’évaluer le travail qui sera abattu.

Quel message voulez-vous envoyer à la jeunesse du Nord après votre désignation pour siéger à l’ALT ?

Le message c’est vraiment prôner l’union entre nous. En tant que jeunes nous devons nous donner la main pour montrer que la jeunesse a la possibilité d’engranger des résultats par rapport aux questions de développement de notre localité. Je reste ouvert, les suggestions, les contributions des uns et des autres sont les bienvenus. Je pense que c’est main dans la main qu’on pourra atteindre de bons résultats.

Retrouvez sur cette vidéo la vision de Sayouba Bonkoungou pour sa région.

Propos recueillis par Sougrinoma Ismaël GANSORE

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