Agriculture : 126 pesticides prohibés recensés sur le marché burkinabè (enquête COPAGEN Burkina)

avril 5th, 2022 | par afriktilgre@
Agriculture : 126 pesticides prohibés recensés sur le marché burkinabè (enquête COPAGEN Burkina)
Agri-innove
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Une enquête menée au cours du mois de juin 2021 par la section Burkina de la Coalition pour la Protection du Patrimoine Génétique Africain (COPAGEN Burkina) révèle que 126 pesticides interdits au Burkina Faso sont utilisés dans plusieurs grandes zones de production du pays. Les résultats de l’enquête ont été rendus public, le mardi 29 mars dernier à Ouagadougou, au cours d’un atelier réunissant entre autres des organisations  de défense de l’agroécologie, des producteurs, des autorités en charge du contrôle des pesticides. Les recommandations issues de cette enquête serviront à sensibiliser la population sur les risques liés aux pesticides et à mener un plaidoyer auprès des décideurs.

Une vue des participants à l’atelier de présentation des résultats de l’enquête. @afriktilgre

Rambo, Tête Rouge, Weed well, Sakaril 432 EC voici quelques dénominations de pesticides chimiques non autorisés par le Comité Ouest Africain d’Homologation des Pesticides qui pullulent dans plusieurs champs de la région des Hauts Bassins, du Sud-Ouest, des Cascades, de la Boucle du Mouhoun, du Centre, du Centre-est, du Centre-ouest, du Centre-nord, du Centre-sud et du Plateau-central. C’est ce qui ressort du rapport d’enquête de la COPAGEN Burkina sur les pesticides prohibés. Une enquête menée en juin 2021 dans ces 10 régions, en raison de leur forte production agricole, sur les 13 que compte le Burkina Faso.

Des pesticides exposés à l’air libre. Photo prise au cours de l’enquête.
@Inades-Formation Burkina

Le marché Burkinabè étant inondé par toute sorte de pesticides chimiques, « Cette enquête est un préalable à une déclaration pour interpeler les autorités à accentuer les efforts contre l’utilisation de ces produits dangereux dans notre agriculture. », a laissé entendre d’entrée de jeu Isidore Della Directeur du Bureau National Inades-Formation et point focal de la COPAGEN Burkina, le mardi 29 mars au cours de la présentation des résultats.

Isidore Della Directeur du Bureau National Inades-Formation et point focal de la COPAGEN Burkina.

Au terme de la mission d’enquête, une liste de 126 pesticides prohibés, des herbicides et insecticides, transitant principalement par le Ghana et le Cote d’Ivoire pour entrer au Burkina Faso, a été dressée, poursuit Isidore Della. Dans les différentes zones d’enquête, les 57 maraichers, producteurs de coton et riziculteurs interrogés disent avoir recours aux pesticides pour apporter une solution au manque de mains d’œuvre, et augmenter le niveau des rendements. Si parmi ces producteurs une grande partie ignore les normes d’utilisation et les mesures de protection, d’autres en savent quelque chose sur la toxicité des produits mais se laissent guider par la recherche du gain facile.

En image une liste de quelques pesticides prohibés.

« 40% des producteurs enquêtés se réfèrent aux conseils des revendeurs, alors que la majorité de ces derniers n’ont reçu aucune formation et pire ne savent ni lire ni écrire. 35% choisissent les pesticides sur la base de leurs propres expériences et 25% se réfèrent aux conseils des agents techniques d’agriculture. 7% de producteurs ne respectent aucune règle d’hygiène, 33% respectent parfois, 4% respectent rarement et 56% respectent toujours. De façon générale, il se trouve que le respect des règles de protection et d’hygiène se limite au port du cache-nez, à la prise en compte de la direction du vent et au changement d’habits après le traitement, mais cela se fait parfois sans un bain préalable. » précise le rapport.

Il ressort également de cette enquête que les producteurs agricoles ont du mal à se procurer les produits homologués à proximité, une situation qui tourne à l’avantage des vendeurs illégaux. Ces derniers n’hésitent pas à aller dans les villages reculés pour vendre.

René Sanou chef de service des pesticides à la Direction de la Protection des Végétaux et du Conditionnement ( DPVC) s’est exprimé sur le contenu du rapport.

Présent à l’atelier de présentation des résultats, René Sanou chef de service des pesticides à la Direction de la Protection des Végétaux et du Conditionnement ( DPVC) a fait savoir que les données de l’étude permettront à sa direction de mieux aiguiser sa stratégie de sensibilisation et de plaidoyer auprès des différents acteurs intervenant dans le contrôle, la gestion et l’utilisation des pesticides.

Après avoir pris connaissance de la synthèse du rapport, Tabou Zono producteur sur le périmètre maraicher de Bama dans la région des Hauts Bassin a promis de prendre désormais toutes les dispositions pour acquérir des pesticides autorisés, et respecter scrupuleusement les mesures de protection et d’utilisation. Par-dessus tout, Monsieur Zono souhaite que l’État travaille à disponibiliser les bio-intrants auprès des producteurs, afin de limiter les risques d’empoisonnement engendrés par les pesticides de synthèse.

Tabou Zono producteur sur le périmètre maraicher de Bama fustige la non-disponibilité de bio-intrants à proximité des producteurs.

En rappel, la même enquête a été menée dans d’autres pays d’implantation de la COPAGEN comme le Sénégal et le Niger.

Retrouvez également sur notre chaine YouTube, le résumé de l’atelier.

Sougrinoma Ismaël GANSORE

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