René Emmenegger Assistant technique au CNABio : « Les Pesticides nous tuent à petit feu »

octobre 31st, 2019 | par afriktilgre@
René Emmenegger Assistant technique au CNABio : « Les Pesticides nous tuent à petit feu »
Agri-innove
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Selon l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) 3 millions de personnes sont intoxiquées aux pesticides chimiques chaque année avec 200 000 décès, soit plus de 500 personnes en moyenne par jour. Face à ces chiffres alarmants que les pesticides donnent à voir à l’humanité, une des solutions pratique semble être l’agroécologie, une philosophie de production agricole qui condamne fermement l’utilisation des produits chimiques.  Ici au Burkina Faso, le Conseil National de l’Agriculture Biologique (CNABio) fait de la promotion de cette alternative son cheval de bataille.  Sous réserve d’un contrôle approfondi, ledit conseil délivre aux pratiquants de l’agroécologie ou de l’agriculture biologique un certificat appelé le BioSPG qui leurs permet de mieux se positionner sur le marché national. Afin de mieux comprendre cette certification, nous sommes allés à la rencontre de René Emmenegger assistant technique au sein du CNABio. Dans cette interview, il nous explique le mode de fonctionnement de la certification BioSPG, ses avantages, ses limites, se prononce sur les pesticides chimiques de synthèses et les cas d’intoxications alimentaires qui ont eu lieu à Lapiou et à Nayamtenga au mois de septembre 2019. Lisez-plutôt.

1-Afriktilgre : Qu’est-ce que la certification BioSPG

René Emmenegger : La certification BioSPG c’est un processus qui regarde si une denrée alimentaire est produite selon la norme Burkinabè en matière d’agriculture biologique. Cette norme interdit l’utilisation de pesticides de synthèse et d’engrais chimiques dans la production agricole. Elle commande que le mode de fertilisation des sols s’accommode les principes de rotation des cultures, et d’utilisation de fertilisants naturels comme la fumure organique.

Découvrez dans ce lien la norme Burkinabè en agriculture biologique https://www.cnabio.net/documentations/norme-burkinab%C3%A8-en-agriculture-biologique/

2quelle est l’importance de la certification BioSPG

Un producteur qui pratique l’agriculture biologique a plusieurs avantages à être certifié. La certification permet au producteur d’avoir un œil extérieur qui confirme qu’il produit selon les règles du bio au Burkina Faso. Elle l’aide aussi à connaitre les éléments qui lui manquent pour rentrer dans les règles de l’agriculture biologique. Le producteur qui a le certificat est sûr de lui-même. La confiance en soi se transpose sur le marché, c’est un précurseur de la confiance vers l’autre. Elle permet au client d’être en confiance quand il fait ses achats dans une boutique de produits bio. Une productrice me disait qu’avant la certification de son exploitation elle était dans l’à peu prêt, mais avec la certification elle est très sûre de sa démarche, elle peut se taper la poitrine pour dire qu’elle est bio. Il est vrai que la certification n’est pas encore bien connue au Burkina Faso, mais beaucoup de gens connaissent la valeur d’un certificat. Un producteur qui n’a pas le certificat devant ses légumes doit tout le temps expliquer à ses clients qu’il est en agroécologie. Les producteurs certifiés ont un marché très demandeur, ils sont, tout le temps, sollicités.

Cliquez sur le lien pour voir comment fonctionne le BioSPG https://www.cnabio.net/le-biospg/comment-fonctionne-le-biospg/

3- Comment un producteur doit procéder pour bénéficier de cette certification

Déjà il faut que son exploitation soit tenue selon des règles de l’agriculture biologique. De façon générale, ceux qui sont dans l’agroécologie, souvent sans se rendre compte, produisent déjà selon la norme Burkinabè en matière d’agriculture biologique, puisque cette norme est basée sur l’agroécologie. Si le producteur s’illustre dans la production biologique, il lui suffit de contacter le CNAbio. Une fois qu’il nous contacte, nous lui envoyons tout le matériel nécessaire. D’abord le CNABio lui donne un appui sur la documentation, afin que les informations en rapport avec son mode de production et son circuit de distribution sont bien précises. Il envoie ensuite ses agents sur le terrain du producteur pour une visite d’appui. Le producteur doit s’organiser aussi pour mettre à son niveau des instances de contrôle avec le groupe local de contrôle et le coordinateur SPG. Le comité central de certification qui délivre la décision de certification travaille étroitement avec ces instances locales de certification. Le Système Participatif de Garantie est beaucoup plus un contrôle social. Il comprend un contrôle par pair (entre producteurs) qui permet au CNABio d’être sur du respect du cahier de charge de la norme. Selon le site à certifier, le demandeur doit débourser entre 35 000 à 90 000 FCFA.

4Est-ce que la certification du CNABio donne droit au producteur de vendre ses produits partout à l’international

La certification BioSPG a une portée nationale. Les produits issus d’une certification basée sur le SPG ne sont pas reconnus à l’international. Notre norme est en harmonie avec les standards internationaux, mais elle n’est pas encore reconnue parmi la famille des normes.  Un producteur qui veut exporter ses produits à l’international a besoin d’une certification par tierce partie. Cette certification s’obtient auprès de quelques entreprises comme Ecocert, Certisys, Lacon qui sont accréditées à faire des inspections sur les fermes, les sites de production ou de transformation. Ces entreprises ont la capacité de certifier les produits soumis à leur appréciation, selon la norme Européenne, Américaine, Japonaise etc., bref tout dépend de l’endroit où le producteur veut exporter ses produits. Mais il faut noter que, cette certification internationale est couteuse. Elle demande une logistique importante derrière, puisque la traçabilité des produits doit être faite jusqu’au champ, jusqu’à la femme collectrice des amendes de karité par exemple.

Sur ce lien vous trouverez le guide de certification selon le SPG https://www.cnabio.net/documentations/guide-de-certification-selon-le-spg/

5- Quels sont les mécanismes que le CNABio met en place pour amener les producteurs vers la certification

Il faut comprendre le CNABio comme un réseau d’acteurs. Il y’a plus d’une soixantaine de membres au CNABio. Ces membres sont des ONGs, des associations qui sont, soit dans leur région ou sur le plan national, très actives dans le processus de transition vers l’agroécologie. Ce sont ces membres à la base qui incitent les producteurs à rentrer dans la production biologique. Le CNABio vient tard dans la chaine de certification. Il intervient beaucoup plus en tant que faitière de ses différents membres, il coordonne les actions de ses membres, afin qu’ils puissent mieux travailler sur le terrain.

6- Actuellement combien de producteurs certifiés avez-vous dans vos rangs

Nous avons 27 opérateurs certifiés. Ces 27 opérateurs sont des associations, des groupements, des fermes privées, des acteurs de commercialisation. Ces 27 opérateurs ont 344 producteurs certifiés. En effet, le CNABio a un système de calcul qui dit que le producteur est celui qui décide de ce qu’il va mettre sous terre dans son exploitation. Une ferme privée peut compter comme un seul producteur. Un groupement ou chacun individuellement décide de l’utilisation de son lopin de terre, ce groupement s’il a trente exploitants, le CNAbio compte trente producteurs.

7- Qu’est-ce que le CNABio fait pour limiter la concurrence des produits conventionnels sur ceux issus de l’agriculture biologique

C’est vrai ! je pense qu’on n’ose pas dire que le bio soit une concurrence pour le conventionnel. Pour vérifier cet état des faits, il vous suffit de comptabiliser chaque soir le nombre de camions qui rentrent à Ouagadougou avec l’oignon produit au Niger. Selon la saison, vous pouvez compter une dizaine. Quand je regarde ce que nos 27 opérateurs produisent par rapport à cette grande importation d’oignon par exemple, c’est complètement insignifiant malheureusement. Même si on ajoute la production des fermes qui produisent bio mais qui ne sont pas encore certifiées, l’écart est encore abyssal. Pour cela, il faut retenir que les circuits de vente des produits bio sont différents de ceux de l’agriculture conventionnelle. On trouve rarement des produits bio sur le marché ordinaire. Déjà c’est bien de se distinguer pour faire face à la concurrence. Les producteurs bio vendent plus sur les marchés de producteurs qui ont lieu pendant les weekends à Ouagadougou et dans ses environs. Ils pratiquent aussi la livraison à domicile, au service, et vendent également bord champ.

8- Le 1er et le 9 septembre 2019, des cas d’intoxications alimentaires causées par la consommation d’aliments contaminés aux pesticides ont été signalés respectivement dans le village de Lapiou et de Nayamtenga. A l’époque le CNABio s’est contenté d’une simple publication sur sa page Facebook pour exprimer son mécontentement. Pourquoi vous ne saisissez pas ce genre d’occasion pour faire un véritable tapage médiatique, afin de vendre les mérites de l’agriculture biologique.

Effectivement, je pense que nous avons raté cette occasion. C’est peut-être aussi le résultat de notre stratégie de communication qui consiste à aller lentement mais surement. D’ailleurs beaucoup de gens ne connaissent pas le CNABio. Mais depuis le mois d’Aout 2019 nous avons une chargée de communication qui travaille à accroitre notre notoriété. L’idéal pour des cas comme celui de Lapiou dans la commune de Didyr serait que les journalistes eux même se rappellent du CNABio et nous convient sur les différents plateaux. Toutefois, j’avoue aussi que nous devons être beaucoup plus décisifs sur des situations comme Didyr, en allant vers les hommes de média pour donner nos appréciations.

9- Quelles sont les différences entre l’agriculture biologique et l’agroécologie

Les approches de l’agroécologie et de l’agriculture biologique vont de pair. Je dirai même que l’agriculture biologique se trouve dans l’agroécologie. L’agroécologie est un peu plus grand. Elle est soutenue par des références scientifiques et un mouvement social. L’agroécologie c’est aussi l’observation, l’utilisation, et l’amélioration de techniques ancestrales de productions. L’agriculture biologique, le terme bio on l’utilise beaucoup plus en lien avec la certification. Comme dit plus haut, la certification avec un label, le BioSPG par exemple, est un outil de commercialisation.

10- Quel appel avez-vous à lancer aux producteurs concernant l’utilisation des pesticides

Silence… Les pesticides nous tuent à petit feu. Ils ont un grand impact sur la santé de l’homme et de l’environnement. Je suis particulièrement triste de savoir que dans beaucoup de régions au Burkina Faso, certains producteurs maraichers par exemple ont un petit jardin où ils produisent sainement pour nourrir leurs familles, et un autre jardin où ils produisent avec des produits chimiques pour commercialiser. Svp ça ne peut pas marcher comme ça. Nous sommes un petit pays dont la seule force est les hommes intègres qui l’habitent. Travaillons à protéger la santé de nos compatriotes.

Cliquez sur le lien pour retrouver tous les points de vente de produits bio partout sur le territoire Burkinabè https://www.cnabio.net/le-biospg/o%C3%B9-trouver-les-produits-biospg/

Propos recueillis par Sougrinoma Ismaël GANSORE

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