«Les semences améliorées ne sont pas en totale contradiction avec les semences paysannes. Il faut travailler avec les deux. » : Innoussa Ouédraogo Président de l’UNPS-B

décembre 31st, 2020 | par afriktilgre@
«Les semences améliorées ne sont pas en totale contradiction avec les semences paysannes. Il faut travailler avec les deux. » : Innoussa Ouédraogo Président de l’UNPS-B
Agro-pastoral
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Ce mercredi 30 décembre, le Président de l’Union Nationale des Producteurs Semenciers du Burkina (UNPS-B), Inoussa Ouédraogo, a reçu dans son bureau une équipe de notre rédaction, pour des échanges à bâtons rompus sur l’apport de l’union aux producteurs Burkinabè, au cours de l’année 2020. L’homme s’est prononcé aussi sur la question des semences paysannes, le mécanisme de distribution électronique des intrants et équipements agricoles et les grands chantiers de l’UNPS-B en 2021. Lisez-plutôt

AFRIKTILGRE : Nous sommes à la fin de l’année 2020, quel bilan pouvez-vous tirer de votre apport aux producteurs Burkinabè comparativement aux années précédentes ?

INOUSSA OUEDRAOGO (I.0) : Le premier bilan que nous pouvons tirer c’est la quantité importante de semences qui a été mise à la disposition des producteurs. Vous savez que pour répondre aux problèmes sanitaires avec la fermeture des différentes frontières, le gouvernement a pris des dispositions pour disponibiliser assez de semences auprès des producteurs, afin d’être sure que le Burkina Faso peut compter sur lui-même en matière de céréales. Je pense que cela a permis en plus de l’initiative présidentielle « produire un million de tonnes de riz paddy » de booster véritablement la production. Vous avez vu que l’installation des pluies a été vraiment tardive, nous n’avons pas reçu de pluies comme il le fallait. Mais malgré tout, le Burkina s’en sort avec une production céréalière assez satisfaisante. Vous aurez peut-être les statistiques après, ou vous verrez que contrairement à ce qu’on pensait, ces semences-là ont fortement contribué à booster la production cette année. Mais ce que nous avons déploré, c’est que dans certaines zones les pluies n’ont pas tiré jusqu’à la fin. Ce qui n’a pas permis aux producteurs de récolter. Dans certaines zones de la région du Nord par exemple, les pluies n’ont pas été au rendez-vous jusqu’à la fin. Une situation qui a empêché des spéculations comme le niébé de boucler leurs cycles. Mais de façon globale nous sommes satisfaits du déroulement de la campagne agricole.

AFRIKTILGRE : Quel a été l’impact de la maladie à coronavirus sur les activités des producteurs semenciers du Burkina ?

I.O : L’impact a été d’abord dans le cadre de l’installation des pluies. Vous voyez que les questions de quarantaine qui se sont posées à un moment donné n’ont pas permis aux producteurs de pouvoir déplacer facilement les contractuels qui souvent font des mouvements d’une région à une autre pour aider les agriculteurs à faire le travail. Il y’ a également que l’installation tardive des pluies a fait que à un moment donné tous les travaux se sont concentrés en un temps record donné. Je me dis que cet aspect a été très néfaste pour les producteurs, et même la peur. La peur de contracter la Covid 19 a ralenti également les activités au niveau des producteurs. C’est véritablement dans le mois de juin que les gens se sont lancés dans la production. C’est pour cela  je dis que, globalement la campagne est satisfaisante malgré toutes ces difficultés.

AFRIKTILGRE : Lors de la célébration de la fête de l’indépendance à Banfora, vous avez déclaré que le Burkina Faso est devenu le premier pays de l’UEMOA en termes de fourniture de semences de qualité. Quels sont les facteurs qui ont permis cette avancée significative ?

 I.O : Les facteurs qui ont permis au Burkina Faso de se positionner leader au niveau de l’UEMOA en termes de production de semences agricoles améliorées, c’est premièrement la volonté politique de mettre en place une loi semencière qui cadre et encadre la production semencière. Depuis 2006, le Burkina Faso avait déjà une loi semencière qui définissait tous les critères qu’il faut mettre en place pour être producteur jusqu’à la certification. La loi sous régionale qui a été adoptée en 2008 est venue même après notre loi nationale. C’est dire que ça c’est d’abord un facteur assez important. Ensuite il y’ a l’accompagnement du gouvernement, le Service National des Semences, l’INERA, il y’ a tous ces acteurs tout autour qui travaillent à la création variétale et  la vulgarisation de ces variétés. Il y’ a aussi le sérieux que les producteurs semenciers ont mis dans le travail, parce que leur rôle étant déterminant, ils ont compris que pour l’épanouissement de l’agriculture, ils sont partie prenante. Cela les pousse à faire un travail de qualité sur le terrain, ce qui a permis à pas mal de pays de se référer au Burkina Faso pour leurs besoins en semences certifiées améliorées.

Le 5 décembre 2020, l’Association Tind Yalgre (ATY) a décerné une attestation de reconnaissance à l’UNPS-B pour ses efforts en faveur des producteurs.

AFRIKTILGRE : Aujourd’hui il existe tout un débat autour de la semence paysanne. Des paysans réclament le droit de choisir et d’utiliser librement leurs semences sans une quelconque imposition des multinationales. Quel est la position de l’UNPS-B sur ce sujet ?

I.O : En fait c’est normal. D’ailleurs je pense que les chercheurs conservent ces semences paysannes beaucoup plus que les paysans eux même, parce qu’au niveau des producteurs il est très difficile de pouvoir maitriser la mutation de ces semences-là. Si vous prenez une semence aujourd’hui que quelqu’un vous le donne, vous pouvez sélectionner chaque année les bonnes graines pour déposer. Mais au bout de cinq ans, vous ne pouvez pas être sures à 100%  que ce sont les mêmes semences que vous avez eu au début qui sont à votre disposition. Pour moi c’est normal de protéger ce patrimoine des paysans, mais nous sommes face à une population galopante, nous sommes face à un changement climatique qui est sans faille. Donc à ce niveau, nous pensons qu’aujourd’hui, nous pouvons en même temps encourager ceux qui veulent aller dans cet aspect  d’y aller, mais face à cela, nous avons une population à nourrir, nous avons également une production à accroitre. C’est pour cela que je pense qu’il faut compter avec les semences améliorées. Du reste la semence améliorée n’est pas en contradiction totale avec ce qui est mis en place, parce que c’est à partir des semences traditionnelles que les croisements sont faits. Les producteurs même font souvent ce croisement. Mais il faut que ce soit une organisation qui contrôle, qui puisse orienter beaucoup plus sur cette activité. Donc le producteur a toujours été autonome, indépendant, mais nous sommes toujours dans la faim. Il faut bien que nous cherchons des solutions alternatives, parce que nous ne contrôlons pas ce qui vient de l’extérieur. Nous avons des tonnages de riz qui viennent chaque année, nous avons dans nos alimentations des produits qui viennent d’ailleurs est-ce que nous avons le contrôle parfait de ce qui est produit, non. Aujourd’hui nous pouvons quand même contrôler notre  production pour que les populations puissent manger à leur faim, tout en étant sures qu’ils ne sont pas en train de consommer des poisons, c’est ça qui est très important. Si nous prenons des exemples, chaque année les semences maraichères nous viennent de l’extérieur. Les semences d’oignons, de tomates etc., mais personne ne se plaint. Nous les achetons en boite pour la production. Donc c’est tout un ensemble qui mérite qui nous puissions continuer à travailler ensemble pour que tous les Burkinabè puissent manger à leur faim dans la sérénité.

Inoussa Ouédraogo estime qu’il faut compter avec les semences améliorées pour pouvoir nourrir l’ensemble des Burkinabè.

AFRIKTILGRE : Cette année le mécanisme de distribution électronique des intrants et équipements agricoles a été fortement critiqué par plusieurs acteurs du monde rural. Au niveau de votre union est-ce que vous pensez que ce mécanisme est adapté au contexte Burkinabè ?

I.O : Vous voyez, nous avons toute suite dit que tout ce que nous faisons il y’a des bilans à tirer, et nous essayons de voir d’année en année qu’est ce qu’il faut faire pour améliorer ces bilans. Je pense que l’objectif visé par les décideurs, c’est comment faire pour que la subvention puisse atteindre réellement les producteurs vulnérables. Il se peut qu’il  ait véritablement des difficultés au début. En termes de ciblage par exemple. Il se peut aussi que dans l’octroi de ces semences, il ait eu des difficultés. Il y’ a des zones ou le réseau téléphonique ne couvre pas. Il y’ a aussi des gens qui n’ont pas la possibilité de lire les messages etc. Mais je pense qu’à un certain moment aussi, il y’ a eu des actions correctives, par exemple en affichant la liste des bénéficiaires. Je pense qu’on ne peut pas dire que le mécanisme de distribution des intrants et équipements agricoles n’est pas adapté au contexte Burkinabè, parce que c’est un processus. Vous savez que même les téléphonies mobiles, au début ce n’était pas évident. Aujourd’hui quand vous envoyez un orange money à une personne, quel qu’en soit son niveau, elle ira chercher. Il faut trouver une alternative hybride pour aller progressivement vers une résolution qui permettrait de diminuer les intermédiaires tout en étant sures que les producteurs qu’on a ciblé sont atteints. Cela donne l’occasion de suivre au jour le jour et à la seconde près l’évolution de ces stocks. On ne dit pas qu’il n’y a pas eu des difficultés, non il y’ a eu des difficultés. C’est un nouveau mécanisme, mais est-ce qu’il y’ a un mécanisme meilleur par rapport à ça, parce que les autres mécanismes il y’ a eu des difficultés qui ont permis de penser au présent mécanisme. Je pense qu’il ne faut pas toute suite jeter l’enfant avec l’eau du bain. Il faut trouver un juste milieu pour que le producteur identifié puisse vraiment bénéficier de l’appui de l’état.

AFRIKTILGRE : Le 24 juin 2020, le conseil des ministres a adopté les textes portant création et fonctionnement de la Centrale d’Achat des Intrants et Matériels Agricoles (CAIMA) dont vous êtes le Président du Conseil d’Administration. Au cours de cette même année 2020, on peut dire que vous n’avez pas eu réellement le temps de travailler au sein de cette structure associative. Nous imaginons donc que 2021 sera une année charnière pour la CAIMA.

I.O : Oui effectivement, en 2020 la mise en place du conseil d’administration s’est pratiquement faite en fin d’année. Il faut signaler aussi que la CAIMA est une structure associative qui prend en compte pas mal de partenaires, dans le privé et le public. Il faut se dire aussi qu’il y’ a eu une option de passer à une phase transitoire dont le public sera forcément impliqué avant que le privé qui est plus représenté dans le conseil d’administration ne puisse prendre le relais après. Nous attendons impérativement la nomination d’un Directeur Général de la CAIMA et de l’administration technique qui doit la composer. En tout cas le conseil d’administration a été mis en place, il n’y’ a pas mal d’actions qui sont menées, mais nous pensons que 2021 doit permettre la mise en œuvre effective de la centrale

AFRIKTILGRE : Quelles seront les grands chantiers de l’UNPS-B en 2021

I.O : En 2021 si la situation sanitaire nous le permet, nous comptons organiser la foire aux semences améliorées certifiées, parce que c’est une grande rencontre qui permet à la population de comprendre un peu nos activités, mais aussi de s’approvisionner en semences. Nous comptons aussi continuer les activités de renforcement de capacité au profit de nos membres. Une fois que les capacités sont renforcées, le travail devient assez facile. Nous nous pencherons notamment sur le renforcement de capacité en matière de mécanisation agricole. Vous savez que de plus en plus la main d’œuvre se fait rare sur le terrain. Avec le boom minier, pas mal de jeunes se donnent à l’activité minière au détriment de l’agriculture. Il faut donc mécaniser notre agriculture, il faut aller vers les questions de qualité de nos intrants. En 2021 nous entendons accroitre notre assiette en termes d’absorption des semences de base aussi bien au niveau national qu’au niveau sous-régional. Sur le plan institutionnel nous travaillerons avec les parties prenantes sur la relecture de la loi semencière qui est une loi de depuis 2006. Cela permettra après 15 ans de fonctionnement de voir quels sont les aspects qu’il faut corriger, pour aller toujours vers la perfection. Nous continuerons également à mettre en place les différentes unités de nettoyage et opérationnaliser notre centre de formation, de recherche. C’est un centre écologique que nous comptons mettre en place pour permettre aux agriculteurs de mettre en exergue leurs pratiques paysannes, mais aussi à la recherche de pouvoir accompagner de façon visuelle ce que nous faisons actuellement. Vous voyez que les semences ne sont pas trop visibles par moment. Mais si nous avons un centre de référence, cela permettra aux uns et aux autres de voir ce qui se passe sur le terrain.

En 2021 Inoussa Ouédraogo souhaite que la situation sécuritaire et sanitaire se stabilisent au Burkina Faso.

AFRIKTILGRE : Quels sont vos vœux de fin d’années à l’endroit des acteurs du monde rural en général et des producteurs semenciers en particulier ?

I.O : Pour cette nouvelle année qui commence, nous souhaitons que les deux facteurs qui ont ébranlé les Burkinabè puissent se résoudre. C’est d’abord la question sécuritaire et ensuite la question sanitaire. Après ça, nous souhaitons une longévité, une pluie d’abondance et des marchés pour les produits que les producteurs arrivent à mettre à la disposition des populations.

Propos recueillis par Sougrinoma Ismaël GANSORE

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