Entretien : Oussena Kabre Moussa le “Paysan Bachelor”: ” j’ai eu l’honneur de contribuer à la formation d’environ 250 VDP agricoles”

novembre 6th, 2025 | par afriktilgre@
Entretien : Oussena Kabre Moussa le “Paysan Bachelor”: ” j’ai eu l’honneur de contribuer à la formation d’environ 250 VDP agricoles”
Agro-pastoral
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Il se fait appeler le “Paysan Bachelor”. Sur les réseaux sociaux, Oussena Kabre Moussa promoteur de la ferme ” Protect Nature” située à une trentaine de kilomètres de Ouagadougou, n’hésite pas à publier les fruits de son champ : piment, oignon, gombo etc. Des spéculations qu’il juge challengeantes en terme de production. Dans cette interview exclusive, il nous livre les raisons de son attachement à la terre, et sa vision d’entrepreneur agricole. Lisez plutôt !

Afriktilgre : Parlez-nous de votre parcours scolaire et académique.

Oussena Kabre Moussa: Après avoir obtenu un baccalauréat série D, j’ai fait deux à trois années d’études dans une école d’agriculture. Je suis sorti en tant que agronome spécialisé dans la production végétale. Après ce parcours, j’ai suivi des stages et formations pour avoir d’autres certificats. Actuellement je continue encore les études, pour aboutir à un doctorat en Développement Durable.

Racontez-nous comment vous êtes arrivés dans la production agricole. Est-ce une vocation que vous avez toujours nourri ou un choix par défaut ?

Quand je parle de la production agricole c’est depuis le bas âge. Dès l’école primaire quand on entend chanter à chaque fois que le Burkina Faso est un pays agricole, au moins 80% de la population sont des agriculteurs, mais nous n’arrivons pas à nous nourrir les Burkinabè, tout celà m’a tiqué. J’ai décidé à partir de là de rentrer dans l’agriculture. Pour moi c’est par vocation parce que j’aime d’abord la nature. Et le domaine agricole quand tu n’aimes pas tu ne peux l’exercer. Chaque fois quand je regarde à l’hôpital il y’a des naissances, donc des bouches à nourrir. Il faut que nous soyons utiles à notre nation. C’est tout ça qui m’a poussé à m’intéresser beaucoup à la production agricole.

Sur les réseaux sociaux il se fait appeler le “Paysan Bachelor”.

Parlez-nous des difficultés que vous avez rencontré en optant de faire carrière dans l’agriculture. Les difficultés avec la famille, votre entourage etc.

Dans toute activité il y’a des difficultés. En famille ou dans le quartier quand je disais que je veux faire l’agriculture, il y’a des gens qui me disaient que c’est à cause de l’agriculture qu’ils ont fui le village pour venir en ville et moi je veux être agriculteur. Mes amis sont très cool mais d’autres me voyaient comme un fou. En tant que Oussena Kabre on te connait à Bobo Dioulasso ( ville située à l’ouest du Burkina Faso dans la région du Guiriko Ndlr) et tu décider d’être dans l’agriculture. Mais grâce à Dieu , actuellement ça va très bien.

Comment avez-vous surmonté ces difficultés ?

Moi même je me faisais confiance. Je sais que c’est une activité que j’aime beaucoup. J’ai réussi à surmonter ces difficultés grâce à la confiance que j’ai en moi même, et les quelques personnes à côté qui ont essayé de m’encourager.

Sur quelles types de spéculations mettez-vous l’accent dans votre production et pourquoi ?

J’aime produire les légumes et les cultures que je peux conserver. J’aime le piment, j’aime l’oignon, j’aime le gombo, ce sont les cultures que je peux conserver. Et elles [ les cultures sus-citées Ndlr] peuvent offrir une valeur ajoutée. En tant que débutant il faut faire ça. Un débutant qui aime les cultures faciles, bon! si là production est facile cela veut dire que tout le monde peut le faire. Moi j’aime ce que les gens ne peuvent pas faire. J’ai choisi des cultures que les gens ne peuvent pas produire.

Les concombres font également partis des productions de la ferme “Protect Nature”.

En une année d’activité combien votre ferme peut vous rapporter en terme de bénéfice ?

Franchement je ne sais pas. Je ne peux pas donner d’abord un chiffre, mais je sais que j’arrive à manger trois (03) fois par jour et j’arrive à satisfaire les besoins de ceux qui sont à la ferme. La ferme existe depuis trois ans, nous sommes toujours en construction, mais ça va.

Quelle est la superficie de votre site de production ?

La ferme est à Donsin ( localité située dans la région de l’Oubri à une trentaine de km de Ouagadougou). Elle s’étend sur plus d’un hectare et démi.

Comment voyez-vous votre ferme dans 5 ans?

Dans cinq (05) ans je vois ma ferme comme un centre d’incubation des jeunes. Ma ferme est réservée à tous les jeunes Burkinabè, tous les jeunes Africains qui veulent vraiment apprendre. Je compte la transformer en une ferme intégrée. Quand un jeune vient pour apprendre, il sort avec tout. Je projette pratiquer l’aviculture, l’apiculture, la pisciculture, l’élevage des gros et petits ruminants, même les lapins, canards etc. Sans oublier au niveau de la production agricole : les légumes, les grandes cultures, les légumineuses même les arbres ( fruitiers et forestiers), la production de semences, de fertilisants, de pesticides des bio-protecteurs. Dans cinq (05) je veux que ma ferme soit une vitrine d’apprentissage. Quand un jeune arrive qu’il ressorte avec le minimum pour embrasser l’entreprenariat agricole.

Oussena Kabre Moussa à l’extrême gauche ( en tee-shirt jaune) avec septs stagiaires qu’il encadre.

Est-ce que vous rencontrez actuellement des difficultés qui peuvent freiner votre élan ?

Actuellement notre difficulté c’est l’accès à l’eau. J’ai un forage, mais j’ai foré jusqu’à cent (100) mètres pour avoir quatre (04) m³. Sans soutien financier, avec les moyens de bord, on a fait une première foraison qui s’est révélée négative, avant d’obtenir un résultat positif avec le forage de 04 m³. Le forage n’est pas équipé de polytank, mais j’essaie de travailler avec. À côté de ma ferme, il y’a un petit barrage qui m’aide dans mes travaux pendant la saison pluvieuse, mais d’ici la fin du mois de décembre ça sera compliqué.

Actuellement au Burkina Faso, le secteur agricole est sous les feux des projecteurs, comment ce dynamisme dans le secteur peut contribuer à résoudre les difficultés que vous rencontrez?

L’engouement qu’il y’a dans le domaine agricole c’est très bien. Par le biais de nos résultats que nous publions sur les réseaux sociaux, beaucoup de gens ont eu l’amour du métier, sont rentrés facilement dans le métier et arrivent à s’en sortir. Quand nous on commençait l’agriculture, il n’y avait pas beaucoup d’engouement comme ça. Même s’il y’avait c’était pas publié. Pour avoir un stage c’était compliqué. Mais actuellement les jeunes pour avoir un stage c’est facile, parce que nous avons tracé un peu le chemin. Actuellement il y’a des projets qui sont entrain d’essayer d’aider les jeunes, pour avoir l’eau et autres. Le gouvernement même est dans cette lancée. Cette année, au niveau de la formation des VDP ( Volonaires pour la Défense de la Patrie Ndlr ) agricoles, j’ai eu l’honneur de contribuer à la formation de près de 250 d’entre eux.

Oussena Kabre Moussa a participé à la formation de près de 250 VDP agricoles. Les VDP agricoles sont de jeunes Burkinabè formés par le gouvernement pour combattre la faim, par l’intensification de la production agricole.

Un jeune qui veut se lancer dans l’agriculture sans terre ni ressources financières conséquentes comment doit-il s’y prendre ?

Quand je suis rentré dans l’agriculture, je voulais produire pas être formateur. Mais je n’avais pas l’argent pour payer la terre. La chose que je pouvais vendre c’était mon expertise. C’est pour ça que je me suis transformé en formateur. C’est dans les formations que j’ai pu rassembler un peu d’argent pour payer la terre et installer la ferme. Tout jeune qui veut entreprendre dans l’agriculture, c’est mieux d’être humble, accepter suivre les aînés et apprendre. Si tu as un peu d’argent, j’aime dire enlevez l’argent qui se trouvent dans vos poches pour remplir vos têtes, pour que les têtes puissent remplir les poches. J’ai formé des milliers de personnes, des jeunes qui sont devenus des formateurs. Je veux maintenant me concentrer sur la production. Vraiment j’adresse tous mes remerciements à Afriktilgre pour ce temps d’échanges.

Propos recueillis au téléphone et retransmis par Gansore Sougrinoma Ismaël

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